AMV Shamrock 2006 : Résumé

Une Aventure humaine

LA PREPARATION :

 

Tout commence au milieu des années 70 ,un rendez vous quotidien ,tard le soir avec une émission de radio intitulé « les routiers sont sympas »  et le récit complétement fou de quelques individus qui traversent l’afrique sur des motos pour se rendrent à Dakar chaque janvier…

Un petit garcon ,du fond de son lit écoute le récit de l’aventure ,l’oreille collée au transistor .

 

30 ans plus tard , il s’élance sur le sol Tunisien ,lui aussi chevauchant une moto .

A changement d’époque ,changement de technologie : la boussole a été remplacé par le GPS et bon nombre d’instruments de navigation sont embarqués sur la moto…Mais quand même , l’immensité de l’afrique est devant sa roue et à lui l’aventure.

 

Cette aventure ,tant rêvée ,tant désirée ,tant préparée ,va vite tourner au cauchemar et à la galére.

De la pluie battante , une arrivée de nuit , une moto en location à bout de souffle et ce rouleau compresseur qu’est le rallye qui avance, avec un ludo qui tente de suivre ,s’accroche ,perd pied et finalement abandonne au km 20.8 de la 3éme spéciale (la spéciale etant l’épreuve journaliére chronométrée). Chaine de transmission cassée ,moral au plus bas.

 

Une longue attente seul dans le désert ,(5heures) lui fait comprendre qu’il a joué dans la cour des grands ; qu ‘il a attaqué une montagne , qu’ il n’est pas fait pour le rallye ,qu’il ferai mieux de rentrer chez lui … en quelques heures ,il s’apercoit que les rêves de gosses sont difficilement réalisables.

 

Durant cette longue attente ,je n’ai pas pu m’empecher de penser à St exupéry coincé lui aussi dans le désert .

C’est sans doute le soleil et la fatigue mais moi aussi ce jour là j’ai entrevue le petit prince

 

2 ans plus tard , l’échec est toujours là et revient régulierement au hasard des pensées et des conversations.

Allons , avec une bonne moto ,un bon entrainement ,du moral ,ca doit etre faisable.

Je me suis vite rendu compte que dans l’aventure précédente il me manquait une seule chose en réalité : un compagnon.

Un compagnon qui puisse me parler ,aider à la décision , partager les émotions.

Bien sur ,compte tenu des conditions de course difficiles , il fallait un complice débrouillard ,compréhensif , efficace , en bref quelqu’un avec qui je pouvais passer 8 jours sans se detester au retour.

Certes des passionnés de motos ,j’ai ai beaucoup dans mon entourage ,mais vous l’avez compris ,il ne s’agit pas uniquement de réaliser une randonnée sportives .

Il me faut refaire le chemin ,revoir la lumiére du soleil ,refaire le voyage , partager les choses ,partir sur les traces du petit prince et franchir ce km 20.8 …un seul nom m’est venu à l’esprit Eric.

 

 

Je me disais qu’une bonne préparation serait mère d’un rallye serein ,

Je me disais qu’un bon planning serait père d’une organisation sans faille,

Je me disais ,je me disais ,je me disais…

 

Las ,celà était sans compter sur l’intendance et les retards de livraison .

 Nous étions déjà en retard sur la préparation mécanique.

La préparation physique quant à elle consistait à des séances de footing ,vélo et entrainement moto.

 

Il faut vous dire qu’à la moto reçu d’origine il fallait adapter un kit « afrique » c’est à dire un gros reservoir pour la distance ,une selle confortable ,un support permettant d’accueillir les instruments de navigation ,adapter les pneus et revoir l’ensemble de l’alimentation electrique.

 

Dés le début de nos séances mécaniques ,je me rendis compte de la dextérité de mon compagnon et ces petits doigts de gynécologue (je cite) qui font des merveilles.

Les difficultés s’enchaînent mais à force de démontage-remontage, soudure ,vissage, perçage l’engin prend forme.

Des « complices « nous pretent main forte : José ,Eddy

Nous finissons ,après de nombreuses heures de mécaniques et quelques séances d’essai ,à avoir devant nos yeux la machine qui me permettras de franchir les dunes du sud marocain.

 

Je suis très fier du résultat ,les très nombreuses heures de travail n’ont pas été vaines .

De longues séances de vélo complétent ma préparation physique .

Il faut à la fois être prêt mais sans être « vidé » autant moralement que physiquement.

 

Avec ces longues séances de mécanique , la complicité prend forme ….

 

Il a fallu ensuite préparer les bagages, j’avais tout listé, des barres de céréales jusqu’aux rivets pop.

 

Pour transporter la moto et tout le materiel,on avait un super camion Mercedes turbo diesel, ce n’était pas la place qui manquait ; on l’a rempli et on est parti pour Sète mettre le tout sur le bateau.

On avait décidé de partir vers 5 heures ,Je prend le volant jusqu’à Paris, le super camion roule super bien, c’est donc tout naturellement qu’au 1er plein je met du super !!!

En fait j’ai pris la pompe où c’était marqué excelium (ça existe en sans plomb et en gazole ; en super c’est le robinet bleu et en gazole le jaune ; vous savez maintenant que je ne fait pas la différence entre le bleu du ciel et le jaune du soleil alors entre  2 pompes à essence !!!). Je sens que l’on va en voir de toutes les couleurs.

 

 

 

On est quand même arrivés à Sète, l’organisateur y organisait les vérifications techniques et administratives des véhicules à embarquer ; c’était l’examen de passage, l’œil expert des contrôleurs allait juger notre travail de préparation et le bon fonctionnement de tous les instruments, à ce que j’avais vécu au rallye de Tunisie, c’était une sacrée épreuve ou l’attente et le goût du détail avait le chic pour énerver les concurrents. On avait donc prévu une journée pour éventuellement revoir ce qui ferait défaut aux yeux des commissaires pointilleux.

Nous sommes passés les seconds, et 10 minutes après tout était ok ; la moto pouvait courir et en voyant les autres machines nous n’avions pas à rougir de notre travail…

On a profité pour faire le tour des autres concurrents, il y avait du simple motard qui partait avec une cantine d’outils et de pièces de rechange, jusqu’au team avec camion atelier, le must étant une écurie qui faisait courir 2 marques de motos ; il étaient suivis par des photographes, leur camion climatisé avait un frigo, ils s’appelaient le team 22 ;c’était le club de la police nationale (qui courait sur Honda) et de la gendarmerie (qui courait sur Yamaha) ; jusque là, la guerre des polices…

 

Sete notre premiére étape ,je n’ai pas oublié, je n’ai pas oublié les volcans de clermont ferrand , ni le viaduc de Millau et son brouillard , la premiére avec Eric et surtout…ses premiers ronflements…

 

Ce premier déplacement fut fort agréable et a permis de nous roder aux épreuves futurs ,nous avons également eux le temps d’engagés plusieurs longues conversations  sur diverses sujets :le passé ,la vie ,notre vie ….

 

Nous nous sommes également rassurés sur le degré de préparation de notre rallye en observant les forces en présence.

Les vérifications techniques tant redoutés  furent d’une banalité .

 

La chaleur et un repas en terrasse en chemisette à 22 heures un 22 octobre ont fini de nous convaincre que la misére est moins pénible au soleil.

 

 

La semaine entre Séte et le départ pour le Maroc fut bizarre ,pas envie de travailler ,pas envie de faire du sport ,Eric qui m’appele régulierement pour demander si on a rien oublié .Bref on a envie que cela commence…

Le début du grand voyage a commencé par un déplacement en train ,puis en RER pour se retrouver à ORLY aux alentours de midi.

A notre arrivée ,les organisateurs nous ont « sauté dessus » pour récupérer l’un de nos billets d’avion afin le modifier suite à un problème de surbooking à Casablanca qui nous obligera à voyager séparés ans la 2ème partie du voyage !

Le temps passe et nous nous retrouvons à 10 minutes du départ sans billet et des organisateurs disparus !

1 er grand moment de panique et d’action où l’on récupère le billet et embarquons dans un avion qui finalement aura 1 heure de retard. Ouf !

Le vol vers Casa puis Laayoune se déroule sans encombre ,en prévision des jours « sans » Eric se délecte de plusieurs plats « royal air Maroc des lasagnes et du saucisson.

Je nous trouve très beau avec nos belles chemises et casquette Cap Rallye. De plus ,nous prenons un air très désabusé de ceux qui n’ont peur de rien … en réalité ,la boule qui est au fond de ventre est bien présente. 

Un peu d ‘attente ,un peu de bus et nous nous retrouvons au bivouac sous une tente de l ‘armée avec un matelas et une couverture, Et c’est tout…car le camion , la moto, nos effets personnels,  tout est dans le bateau,  et le bateau se trouve en pleine mer, quelque part entre Séte et Laayoune, à l’arrêt suite à une panne moteur nous informe les organisateurs.

Une belle nuit (un peu fraîche) se passe dans le calme des boules Quies.

Réveillés de bonne heure ,nous nous préparons pour aller chercher le camion.

Sur le port, pas de bateau à l’horizon et nouvelles infos : le bateau aura encore du retard ! Au fil des heures ,ce retard s’accentue et c’est finalement le dimanche en fin d’après midi que nous sommes heureux de décharger le bateau.

Cela fait 2 nuits et 3 jours que nous sommes ni lavés ni rasés.  Déjà  de véritables  renards du désert !

Malgré cela ,la bonne humeur est avec nous .La compagnie de Eric et son humour me fait presque croire que c’est les vacances.

L’organisateur du rallye Jean Michel SINET profite d’un rassemblement pour nous conter quelques unes de ses aventures. C’est un homme costaud ,très costaud ,gros ,très gros.. toujours vêtu de blanc ,il s ‘averera au fil de la semaine que derrière un physique et un abord hostile ,il a le panache des gourous du désert ,il me fait penser à Thierry Sabine (créateur du Dakar) contesté ,critiqué ,parfois détesté mais suivi partout il allé. SINET est de cette trempe

 LUNDI : PROLOGUE

Nous nous rendons au départ du prologue de 11 km qui se situe à environ 50 km de notre base-vie.
Nous avons appris que la spéciale du mercredi est annulée . La caravane gronde ,les organisateurs passent…

Il fait chaud ,très chaud ,environ 35 degrés.

Après un tour de reconnaissance ,je m’élance ,parcours 200 mètres et la moto cale : robinet d’essence fermé !

Déjà de nombreuses minutes perdues ,je repars, dépité, avec une 70éme place en récompense.

Je me pose des questions ,il en reste 12 derrière moi ,je suis loin de mon bac à sables habituel à Lonn plage et sur la piste ça ne rigole pas ,tout le monde à le couteau entre les dents ,je crains l’étape de demain.
Ce soir, pas de mécanique ,mon éric peut se reposer.Nous apprenons qu’un motard a chuté et souffre d ‘une entorse du genou : course terminée.

 

 

 MARDI : spéciale « AGATHE «  413 km

Nous nous levons vers 5H30 et ça sera d’ailleurs l’heure à laquelle nous allons nous lever tous les jours.
Nous nous rendons au départ dans la nuit marocaine. C’est ce qu’on appelle l’étape de liaison .c’est à dire que  la distance qui nous sépare du bivouac au départ de l’épreuve chronométrée : la spéciale.

Il en est ainsi sur tous les rallyes raids. Les liaisons peuvent parfois être très longues (400 KM) elles s’effectuent pratiquement toujours sur route goudronnée et ouverte à la population. Cela est toujours très dangereux ,il y a les enfants ,les ânes et bien sur les pilotes sont souvent déconcentrés.

Sur le shamrock ,les liaisons seront d’environ 100 km par jour soit environ 2 heures de transport.

Le rituel de l’habillage se passe dans le silence ,l’ambiance est lourde j’enfile mes habits et protections toujours dans le même ordre en finissant par le casque.

Je regarde mon Eric .Ce n’est pas de la peur ,ce n’est pas de l’angoisse ,ce n’est pas du plaisir ,c’est… je ne sais pas ce que c’est .Même après 20 ans de moto cross ,17 enduro du touquet ,de multiples départs ce « truc » est toujours là . Et cette fois ci ,c’est LA COURSE ,le course de ma vie ,la grande finale ,l’aboutissement …

Je sais qu’Eric l’a bien compris et je lui est transmis mes sentiments ,il les partagent.

Je m ‘approche de lui et nous nous serrons dans une franche accolade, j’enfourche mon cheval d’acier et ma dirige vers le départ .L’accolade va devenir un rituel d’avant départ qui me réconforte ,me met en condition et dans ce geste symbolique tout est dit entre nous ,je sais ce qu’il pense et il sait ce que je pense.

Nous sommes en symbiose et je sais qu’il m’accompagne. Grand moment dans la vie d’un homme.

 

7H52 c’est parti pour la première boucle et le premier embouteillage au kilomètre 25 où une quinzaine de moto est arrêtée ;
Quel est le bon chemin ? Des groupes partent dans tous les sens. Il me faut du courage pour décider une route que je juge être la bonne d’après les indications du road-book et de mon GPS.
Je me retourne 3 motos me suivent .
Finalement cette option est la bonne et je retrouve le chemin ;c’est bon pour la confiance et je décide qu’à présent je ne suivrai que mes choix.

Un quad me double en trombe et chute quelques mètres plus loin ,je m’arrête ,soulève la machine et m’aperçois que c’est une fille. Elle souffre à l’épaule,
Après l’avoir mise en sécurité et quelques peu réconfortés ,je repars et 6 motos sont passées ! Le soir, j’apprendrai qu’elle s’est cassée la clavicule.

Après un arrêt de 30 mn ,j’entame la deuxième boucle que j’effectue complètement seul.
Il fait très chaud et j’ai déjà bu 3 litres ,les paysages sont beaux ,il n’y a pas de sable ,uniquement des cailloux.
Dans la dernière heure ,mes instruments de bord s’éteignent un à un, j’éprouve un peu d’angoisse car en cas de chute ,personne ne pourra me localiser.

Ces derniers 50 km sont très longs et je suis content de voir la ligne d’arrivée.

En revoyant Eric ,je lève mon poing et pousse un cri ,Eric en fait de même. Je suis heureux d’en finir ,heureux de revenir ,heureux de le revoir ,heureux de l’avoir fait ! Dans notre rituel ,ce geste se repetera toujours avec la même force ,toujours avec la même complicité.

 Nous repartons pour 50 km retour de liaison

 

La mécanique nous attend.Il faut changer toutes les ampoules ,et remplacer l’iritack, le gps 2 principaux instruments de navigation retendre la chaine et faire la vidange soit 2 bonnes heures.

En France ,j’apprends que le point de suivi sur internet est resté dans le désert !

Le débriefing de l’organisation nous annonce :   plusieurs blessés et 3 déshydratations . Il a fait très chaud ,j’ai bu 5 litres sur la journée.
A ma grande surprise ,nous prenons la 24éme place du général ,les options de navigation se sont avérées payantes et finalement la régularité nous a réussi mais à coup sur ,demain ,tout le monde sera dans le coup après se rodage et cette place sera difficile à tenir.

Quand même ,au repas nous relevons la tête . Nous sommes satisfaits et le sommeil nous prend rapidement.

 

 

MERCREDI : AMETHYSTE nous attend

Toujours un départ de nuit , pour entamer la spéciale à l’aurore.
Eric booste ma motivation  car nous aimerions conserver cette 24éme place et il faut que je m’applique sur la navigation que je décide d’effectuer seul.

 

L’organisation communique :

Longue étape aujourd’hui sur l’AMV Shamrock avec 414 kilomètres de spéciale. Du sable, des dunes, de l’herbe à chameau, des plateaux, avec encore une bonne dose de navigation. Cette troisième journée de course donnera du fil à retordre aux concurrents qui apprécieront la diversité des sites traversés.

C’est vrai que le paysage est très beau et nous passons assez facilement les premières dunes .La navigation est difficile et l’organisation se fait un malin plaisir à dissimuler les contrôles de passage. Le CP 3 est caché au fond d’une vallée .J’ai encore des problèmes électriques car je n’ai plus de phares.
Il fait un peu moins chaud et a l’arrivée ,je  « jubile »  d’apprendre qu’un bon nombre de concurrents n’a pas trouvé le Cp ce qui leur vaudra une heure de pénalités !

Il faut que je vous explique un peu de jargon employé sur les rallyes raids :

Le CP ou contrôle de passage est un point de passage obligé que les organisateurs place sur le parcours. Logiquement ,aux Cp ,on y trouve une personne qui appose un tampon sur un carton .remis aux départs .il arrive qu’au CP il n’y a uniquement un drapeaux. .Sur le shamrock ,il est arrivé qu’au Cp il n’y avait rien …mais est ce bien le Cp ou je me trouve ? ,n’est il pas derriere la montagne suivante ?  moment d’angoisse

Devant l’ accumulation de  problèmes électriques ,nous décidons d’utiliser le circuit de secours ,je n’ai donc plus de démarreur et en fin d’étape ,l’iritrack ne fonctionne plus.

Ma jubilation n’était pas vaine, nous apprenons le soir même que la 24éme place s’est transformé en 17éme place ,le moral est bon mais en même temps la peur de « mal faire » s’installe chez le pilote et en même temps qu’elle, la « terrible  tourista » qui va ravager mes intestins et ceux de mon compagnon Eric !!!

Par force, nous rentrons tôt au bivouac, et nous exploitons ce temps supplémentaire pour une recherche approfondie de l’origine de la panne électrique ;  Eurêka ! mon Géo-trouve-tout , Eric, a remarqué un fil de masse pas branché. Je n’ai plus de démarreur et il me faudra kicker !

 

JEUDI : étape annulée et chute

Je prends le départ de la spéciale le couteau entre les dents …

Nous traversons d’immenses plateaux et le rythme de course est élevé ,je rejoins un groupe de motard et nous roulons un moment ensemble jusqu'à ce qu’un gros nuage de poussière m’empêche de voir une grosse saignée et c’est la chute … interminable chute .. je suis à l’écoute de mon corps ,je sais que je vais toucher le sol ,c’est long …puis la tête tape ,puis je roule ,roule encore ,aie mon bras.. ,j’ai une vive douleur …aie la hanche … enfin je m’immobilise ,la poussière retombe.
Mes compagnons de route s’arrêtent et me demandent si ça va. A cet instant ,je suis incapable de répondre  ,je suis sonné ,j’ai mal sur le côté, ma moto a souffert également . Encore quelques minutes et  je me relève puis c’est au tour de ma moto ,je dois repartir ,les kilomètres suivants se font dans « le brouillard » je suis incapable de suivre le groupe et je me retrouve seul …allez encore 100 km !!

Retrouvant peu à peu mes esprits ,je me rends compte que je suis perdu et décide de naviguer au cap en hors piste ,je sais que cela aggrave les risques mais je n’ai pas le choix
Les 20 kilomètres  qui me séparent du contrôle de passage sont interminables…

Arrivé ,avec soulagement au dernier contrôle de passage ,j’apprends que la boucle est annulée car un  point GPS à été omis par l’organisation. Encore une bourde ,ils ne sont décidément pas à la hauteur !

Il me reste donc à regagner le départ pour me préparer à effectuer la 2eme boucle .
J’apprends que seules 20 motos ont effectuées la première boucle ,les autres ont été arrêtées. Tout cela pour rien. Je suis en colère . Je me présente au départ et là, un comité de pilotes refuse de prendre le départ car ils jugent les conditions dangereuses…l’étape entière est annulée.

Tout cela nous laisse la fin d ‘après midi pour nous baigner dans une eau à 25° et se reposer au bord de la plage. Sous le soleil, on s’attendrait à prendre la couleur du miel mais pour moi, ça vire plutôt au bleu du côté de la chute et je n’arrive plus à me lever !
Je me décide donc à consulter un médecin qui me prescrit un anti-inflammatoire puissant.

Nous nous couchons car demain on nous annonce l’étape des dunes..

.

 

VENDREDI : l ‘ » ETAPE «  des dunes TOPAZE

Je me lève  tout engourdi mais le toubib a fait des miracles et je monte sur la moto assez facilement.

J’ai l’angoisse car aujourd’hui, on nous a annoncé une spéciale essentiellement dans le sable avec des dunes qu’il faudra appréhender avec beaucoup de technicité. Après avoir passé l’Erg, nous allons traverser un grand plateau suivi d’une très belle descente vers un « chott »

Lac asséché souvent rempli de sables mouvants

Nous longerons ensuite le transbordeur de phosphate, une partie très rapide avant de retraverser l’erg. Une très belle étape sélective où motos et quads se disputeront la trace et ouvriront la voie aux 4x4 hésitants.

Beau programme que j’entame à 7H30 avec le top des  pilotes. 17éme place oblige ! Les premiers cordons de dunes se passent facilement et on joue aux montagnes russes, un vrai toboggan,le paysage est fantastique et me rappelle les soirées d’hiver passées devant les résumés du Dakar. Mais cette fois, j’y suis.

J’attaque le chott ,c’est un lac asséché avec parfois un peu de boue ,cela prend beaucoup de puissance et il ne faut surtout pas s’arrêter !
Je réalise encore quelques coups de « nav » et tout se passe bien ,je vais donc terminer ma 1ère boucle sur un très bon temps.

Je vais attaquer le dernier cordon de dunes (12 km quand même) .l’organisation nous a prévenu ,il faut trouver « la passe du bédouin » .Lors des reconnaissances ,c’est un bédouin qui a indiqué la seule route permettant de franchir les dunes. J’attaque le cordon confiant. Rapidement des cathédrales de dunes se dressent devant moi. Je n’arrive pas à passer, l’avant de la moto disparaît dans le sable et je fais un soleil ,10 minutes  de jardinage ( mais non je ne fais pas pousser de fleurs dans le désert , je ne suis pas encore le petit prince de Saint EX) et je ressors ,il fait maintenant 45° ,la chaleur est épouvantable et je ne trouve toujours pas le passage, le reste de la troupe me rejoint et je me plante à nouveau .Je comprends que je suis dans un piège. Je perds de précieuses minutes…

Dans un instant de lucidité ,je me dis qu’il faut que je revienne sur mes pas et que je contourne cet obstacle. 5km en arrière puis cap à l’est ..ça y est … les dunes sont moins hautes et je passe .Par bonheur ,je tombe sur le dernier contrôle de passage où l’on m’apprend que beaucoup de motos sont passées ! j’ai fait une erreur de navigation.
J’arrive épuisé au bivouac où Eric m’attend ,je lui avoue que j ‘ai peur de repartir. Je me sens pas capable de continuer ,tant pis cette fois ,je vais m ‘écouter ,on arrete ,je vais prendre 5 heures de pénalité.

Non ,le classement ,ceux qui nous suivent en France ,il faut que j’essaye ,il faut repartir
La chaleur est accablante ,2 litres d’eau plus tard et ½ heure après je m’élance pour la deuxième boucle avec angoisse.

Toute l’étape ,je pense à cette fin de parcours d’enfer… finalement la passe du bédouin s’ouvre à moi ,les voitures ont fait la trace  et l’arrivée se présente. Je descend de la moto et tombe à genou ,j’ai été au bout de moi même. Je baisse la tête et cache les quelques larmes qui coulent le long de mes joues.

 

Un homme ca ne pleure pas !!

Au bivouac nous attaquons la mécanique ,ce soir il faut changer l’embrayage et toute la transmission ,Eric et moi même avons beaucoup de mal ,nous sommes épuisés par cette journée sous une chaleur  écrasante, Eric est vraiment mal en point, il fait la trace vers les toilettes.La fin de course approche est nous avons beaucoup donné physiquement et moralement ,je m’en veux un peu de l’avoir emmené dans cette galére. Le briefing ou l’on nous annonce des dunes interdites aux voitures et une douche glacé fini de nous achever
Nous nous couchons vers 23 heures ,une place perdue au classement général mais 4éme sur 33 dans ma catégorie .

Il nous reste une dernière étape et 194 km !!!

 

 

SAMEDI : Le final

Final en beauté pour ce neuvième AMV Shamrock avec une spéciale de 194 kilomètres sur la plage et dans les dunes. Un tracé piégeux avec des cailloux et du sable où la navigation va se révéler une fois de plus importante.

Un départ en ligne a quelques métres de notre bivouac, style Touquet, pour 43 km de plage ,le compteur s’affole mais la raison me fait ralentir et je décide de procéder comme les autres jours.

Nous passons le long de petites cabanes de pêcheurs ,un morceau de toile tendu et 2 bidons. Il vivent de leur pêche . Même au soleil ,la misére est pénible à voir.

La réalité de la course me rattrappe et je me rend compte que mon GPS me fait défaut ,je suis donc sans instrumentation.
 Il faut donc que j’accroche un concurrent ,une Honda me dépasse ,il s’agit du pilote gagnant du prologue. Je dois donc rouler « fort » pour le suivre ,mais débarrassé de la navigation que mon co équipier effectue à merveille ,je m’applique à réaliser une étape au pilotage.

Nous effectuons le retour par la même plage ,longeant des épaves, je n’ai pas le temps de me rendre compte que dans quelques kilometres ,c’est la fin.
Le rythme est élevé et nous terminons avec Aubijoux ex champion du monde en Quad !!

Le drapeau à damier tombe ,je m’arrete et l’émotion m’envahie , quelques larmes qui coulent sur mes joues mais cette fois elles sont de bonheur.

Eric n’est pas là, il ne m’attendait pas de si tôt cela veut dire que le rythme a été élevé, tant mieux pour le classement.

 

 CONCLUSION :

La remise des prix est une mascarade : les copains de l’organisateurs ont une coupe (la tenancière de la baraque à frites ,le 5éme de la catégorie production, sponsor de surcroît  et aussi  la secrétaire… ). Un peu déçu de revenir sans breloque ,je suis satisfait de cette 18ème place au général et de ma 4ème place en catégorie Marathon.

 

Nous sommes heureux de retrouver Dunkerque le lundi matin à 3 heures !

Le SHAMROCK est une très belle épreuve qui malgré son manque de rigueur de son organisation  n’atténue pas les souvenirs qui hantent nos esprits…..

Ce fut aussi une grand moment de fraternité ,entre deux etres, entre deux hommes ,entre deux potes quasiment entre deux frères.

Dans les moments difficiles mais aussi dans les moments de joie et de rire ,notre complicité fraternelle a été au plus fort

Une belle et difficile épreuve, de magnifiques paysages, et beaucoup de moments d’entraide et d’amitiés ont fait de cette épreuve sportive un grand moment inoubliable de notre vie.



Classements Officiels :


Classements Prologue

Classement Etape 1 Moto

Classement Etape 2 Moto

Classement General  Moto à l'issue de l'Etape 2






























Cap Rallye AMV Shamrock 2006